La plus grande île de la Méditerranée est un émerveillement permanent tant elle déborde des charmes et malheurs dont l’ont façonnée les dizaines de civilisations qui se sont affrontées pendant des siècles pour tenter d’en revendiquer la souveraineté.

“On ne peut se faire aucune idée de l’Italie sans la Sicile.
C’est ici que se trouve la clef de tout.” Goethe

Comme pour beaucoup de mes voyages, j’ai choisi de découvrir la Sicile en voiture (avec Fred, mon complice de voyage). L’île offre certes la possibilité d’être sillonnée par tous types de transports mais il m’est toujours plus agréable de savoir que je peux m’éloigner des sentiers battus quelque soit le lieu, l’heure ou la saison.

C’est donc un itinéraire de roadtrip d’une semaine que je vous propose aujourd’hui sur le blog, en soulignant tout d’abord deux avantages de ce dernier : la location d’une voiture se révèle moins chère qu’on pourrait le penser pour une île et le choix d’un petit modèle s’avère salvateur lorsque vient le moment (stressant) de traverser les enchevêtrements de ruelles que vous trouverez jusque dans les plus grandes villes.

 

Sommaire
Jours 1 et 2 : Palerme
Jour 3 : Monreale et la plage d’Alcamo
Jour 4 : Salemi et la campagne sicilienne
Jour 5 : l’Île de Marettimo
Jour 6 : Selinunte et Sciacca
Jour 7 : Agrigento et la Scala dei Turchi
Infos pratiques et conseils

 

 

Jours 1 et 2

Palerme

Il est difficile de donner un avis objectif de Palerme tant le ressenti de chacun est différent lorsqu’on découvre la capitale sicilienne. La ville est un véritable carrefour des civilisations, en 3000 ans d’existence elle fut tour à tour habitée des Phéniciens, Carthaginois, Grecs, Romains, Arabes, Normands, Espagnols, Autrichiens, Bourbons… (on compte une vingtaine de civilisations en tout !). Un florilège d’architectures (bien souvent en mauvais état), de gens, d’odeurs et de couleurs qui font le charme contrasté si particulier de la cité millénaire.

Le jour se lève sur Palerme

Évitez si possible d’y circuler en voiture car la conduite y est particulièrement anarchique et évitez absolument le centre ville historique délimité par des panneaux représentant un cercle rouge sur fond blanc. La circulation y est réservée aux résidents entre 8h et 20h et une amende de 100€ par panneau franchi saura vous trouver en temps voulu. Vous pouvez stationner gratuitement le long du port (Foro Italico Umberto I) et y laissez votre voiture le temps de votre séjour. Retrouvez mes conseils et infos essentielles au sujet de la conduite sicilienne juste ici.

Que voir à Palerme ?
  • Une église : La Chiesa della Martorana. Fondée en 1143, cette magnifique église byzantine parfaitement conservée renferme l’un des plus important décor en mosaïque du monde et probablement le plus ancien de toute la Sicile.
    Entrée 2€, ouverte tous les jours sauf entre 13h et 15h30 et le dimanche matin pour la messe.
    Petite anecdote : les célèbres fruits en pâte d’amande que vous trouverez dans bon nombre de pâtisseries siciliennes tiennent leur nom de cette église car ils y étaient fabriqués puis vendus par les religieuses de la Martorana.
  • Une place : La piazza Pretoria et sa fontaine, juste à côté de l’église de la Martorana. A sa création en 1554 la fontaine comptait pas moins de 48 statues et fut longtemps surnommée “Fontaine de la Honte” car l’anatomie de ses statues masculines étaient jugée bien trop suggestive. Malgré le nombre “d’attributs” coupés pour cette raison, elle demeure superbe, en particulier lorsqu’elle s’illumine le soir.
  • Un lieu emblématique : Les Quattro Canti, l’intersection des deux rues principales de la capitale près de la piazza Pretoria. Ces quatre façades concaves ornées de fontaines et de statues rappelleront la Place des Quatre Fontaines de Rome aux connaisseurs, l’architecte de Palerme s’en étant grandement inspiré.
  • Un palais : Le Palais des Normands : construit par les Arabes, réaménagé par les Normands et devenu aujourd’hui le siège de l’Assemblée Régionale. Il renferme notamment la très belle et très dorée Chapelle Palatine et les appartements royaux.
    Ne vous fiez pas aux horaires d’ouverture des guides/office de tourisme, le Palais se visite au gré des séances de l’Assemblée et autres mariages célébrés dans la Chapelle. Un conseil : téléphonez pour vous assurer des horaires du jour. Tarif 10-12€ en fonction des salles accessibles.

    Le Palais des Normands

  • Un marché : Le très populaire Marché Ballarò, coincé entre les murs de la Via Ballaro, rappelle par endroits le souk marocain. On y achète dans le bruit fruits, légumes, poissons et produits ménagers en prenant soin d’éviter les scooters qui foncent au milieu de la foule et en gardant toujours une main sur ses effets personnels car les pickpockets y sont fréquents.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive : Palerme recelant pas moins de 600 églises et Palais, nous vous conseillons de lui accorder plusieurs jours afin de prendre le temps de s’imprégner de son atmosphère unique.

Jour 3

Monreale et la plage d’Alcamo

A 8 km au Sud-Ouest de Palerme se trouve le charmant mais très touristique village de Monreale. On le rejoint en voiture en se garant sur le parking payant en bas de la cathédrale ou bien sur celui plus petit mais gratuit en contrebas de ce même parking. Le bus permet également de rallier Monreale depuis le centre de Palerme en 35 min pour 4€ A/R.

La principale raison de votre visite sera la Cathédrale (duomo) offrant un magnifique mariage de styles normand, italien, byzantin et arabe et de somptueuses mosaïques dorées couvrant une surface de plus de 6 000 m2 !

Certaines parties de l’édifice sont visibles moyennant un supplément de 2,50€ chacune : la chapelle, le trésor et les toits, qui dévoilent une vue imprenable sur toute la Conca d’Oro où est nichée Palerme. La visite du cloître est pour sa part à 6€.

Entrée gratuite sous réserve d’une tenue “décente” (épaules et jambes couvertes), des voiles jetables sont donnés à l’entrée pour se couvrir si nécessaire. La cathédrale est ouverte chaque jour 8h30-12h30 et 14h30-18h00 (17h00 pour les audio-guides à 5€).

La vue panoramique depuis les toits de la cathédrale

Pour vous rafraîchir après cette visite religieuse, poursuivez votre route vers Trapani en longeant la côte et n’hésitez pas un instant à faire une halte sur l’une des plus belles (et propre !) plages que nous avons dénichées sur la côte Ouest. Il s’agit de la plage au Nord d’Alcamo et plus précisément celle se trouvant le long de la Viale di Calatubo sur votre GPS (stationnement gratuit et emplacement situé loin des transats/parasols payants).

La plage paradisiaque d’Alcamo

Jour 4

Salemi et sa campagne environnante

Avant de rejoindre la côte ouest, il est intéressant de faire un détour par la petite ville de Salemi, en empruntant la nationale SS119 plutôt que l’autoroute pour profiter de la campagne sicilienne.

Crédit : PxHere

Profitez de la fraîcheur matinale pour vous balader à pied dans la vieille ville en ayant laissé votre voiture à l’ombre Via Antonio Lo Presti car la chaleur devient vite étouffante dans les ruelles pavées. Ces dernières vous mèneront aux vestiges de la Chiesa Madre, partiellement détruite par un tremblement de terre en 1968 puis “annihilée” par l’Homme d’après son site officiel.

A quelques pas se trouve le très surprenant et surtout passionnant Musée de l’art sacré et de la Mafia. L’entrée (5€, fermé entre 13h et 16h) donne d’abord accès à l’expo dévouée à “l’art sacré” où sont présentées diverses pièces archéologiques et religieuses. A l’issue de cette dernière, on pénètre dans une grande pièce sombre où on se prête à un mini-jeu de pistes en ouvrant tour à tour 10 cabines qui nous plongent dans l’univers de la mafia Italienne via des témoignages vidéos glaçants ; l’une se présente comme la cellule capitonnée d’un asile, une autre comme une rue déserte pour finir par se retrouver dans la reconstitution d’un parloir.

En ressortant, on tombe sur un couloir en béton à l’issue macabre… une (fausse) victime du racket de la Pieuvre à moitié coulée dans le béton puis dans une autre pièce sont mises en lumière des dizaines de unes de journaux consacrées aux crimes de la mafia depuis sa naissance il y a 160 ans.

Si vous avez encore de l’appétit après cette interlude mafieux, filez dévorer un délicieux plat de pâtes très bon marché au petit restaurant Cotto&Mangiato. Pour le dessert ou le goûter, n’hésitez pas à dévaliser la Pasticceria Primevere D’Agostino qui propose des délices sucrés typiques de la région.

Si vous êtes en manque de baignade, direction la plage de Trapani, souvent bondée mais qui a l’avantage d’être en centre-ville.

Les délices de la pâtisserie. Crédit : TripAdvisor

Cinquième jour

L’île de Marettimo

Si votre budget ne vous permet pas une escapade dans les Iles Éoliennes au Nord de la Sicile, célèbres pour leurs volcans actifs mais aussi pour leur flambée des prix en saison estivale, les Iles Egades au large de Trapani sont une excellente alternative.

Avant même notre départ, notre préférence s’est portée sur Marettimo : la plus éloignée, la plus sauvage et la moins touristique. Nos souhaits ont été exaucés lorsque nous avons découvert un village où le temps semble s’être arrêté et la vie simplement rythmée par l’humeur toujours incertaine de la Mer Tyrrhénienne. Un hâvre de paix, pourtant si proche de l’effervescente Trapani, où la définition d’évasion prend tout son sens.

Pour s’y rendre, il suffit d’acheter les billets d’hydroptère au stand de la compagnie Liberty Lines sur le port de Trapani. Vous pouvez acheter vos billet aller/retour le jour même ou les réserver pour 3€ supplémentaires, afin d’être sûr d’avoir une place. Pour Marettimo (trajet via les deux autres îles, Favignana et Levanzo), comptez environ 35€ A/R par personne et 1h10 de trajet.

Mon conseil : embarquez dans l’un des premiers hydroptères/aliscafi du matin et une fois les valises posées au B&B, prenez part à une balade en bateau pour faire le tour de l’île. Pensez à prendre de quoi boire et manger à bord car l’excursion s’étend sur 3 à 4 heures et surtout, n’oubliez pas votre maillot de bain !

A votre retour, optez pour le rythme de vie sicilien et restez au frais l’après-midi pour repartir à la découverte du charmant village de pêcheurs de Marettimo en fin de journée. Pour ceux qui voudront encore profiter d’une baignade dans l’eau turquoise, une plage tranquille se situe à 30 min de marche au Sud-Est du village.

Sixième jour

Selinunte et Sciacca

Poursuivons notre roadtrip sicilien par l’ancienne cité grecque de Sélinonte/Selinunte dont les vestiges qui abritaient autrefois près de 25 000 habitants, forment désormais un parc archéologique jouxtant la station balnéaire Marinella di Selinunte.

Le parc est divisé en plusieurs zones, la Colline Orientale (à côté du parking gratuit) puis, en reprenant la voiture avant de terminer à pied, l’Acropole et le Sanctuaire de la Malophoros. Les temples, quasiment tous en ruines, sont nommés par des lettres de l’alphabet, ce qui rend leur distinction quelque peu compliquée.

Dès votre arrivée vous distinguerez le magnifique temple dédié à Héra (le temple E), seul édifice débout car il  fut “remonté” en 1958. Derrière lui se trouve le temple F dédié à Athéna mais dont il ne reste plus grand chose… Enfin, le plus spectaculaire (surtout vu depuis Google Maps) le temple G dont la construction en l’honneur de Zeus prit plus d’un siècle et ne fut jamais achevée. Il est malgré tout considéré comme le plus grand temple de toute l’Antiquité et ses 6000 m2 de surface surpassaient de trois fois celle du Parthénon d’Athènes !

Le parc est ouvert tous les jours de 9h00 à 19h00, entrée 6€ (voiturette avec chauffeur 6€/personne, à considérer uniquement si vous faites tout le parc à pied). Pensez à vous enduire de crème solaire et à remplir votre bouteille d’eau avant de démarrer cette mini-randonnée en Grèce Antique car le soleil y est brûlant et l’ombre quasi-inexistante.

De retour à votre voiture, vous pouvez opter pour la plage de Marinella di Selinunte, où il est toutefois difficile de se garer gratuitement ou rouler 20 minutes jusqu’à la plage Casello 41 plus tranquille et propre. Garez votre voiture le long des vignes plutôt que de vous aventurer sur le mini-parking improvisé, marchez 5 minutes à travers le maquis et profitez du chant des cigales en bord de mer !

Pour dîner direction Sciacca où vous éviterez de conduire en centre ville, lui aussi réservé aux riverains en journée et surtout parcouru de ruelles minuscules. Au coeur de ces venelles se trouve la pizzeria Conte Luna, à l’allure de cantine au premier abord mais qui est bondée de familles siciliennes parcourant les 5 pages de pizzas très bon marché proposées dans le menu.

En partant, prenez quelques minutes pour parcourir les rues désertes alentours et glissez un oeil aux fenêtres entre-ouvertes où dînent les familles au milieu des éclats de voix, de rires et parfois de vaisselle… Une ambiance indescriptible où l’on s’imprègne réellement de la vita Siciliana.

Septième jour

Agrigento et la plage Scala dei Turchi

En ce dernier jour, en route pour Agrigente/Agrigento et sa Vallée des Temples, parc archéologique classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO dont les édifices ont mieux résisté au temps et à l’Homme que ceux de Selinunte. L’entrée est à 10€ et peut être jumelée avec le musée archéologique pour 3,50€ de plus (8€ seul).

Une fois n’est pas coutume, une visite dès l’ouverture (8h30) ou à la nuit tombée entre juillet et septembre permet de profiter des températures plus fraîches mais aussi d’une plus belle lumière sur les temples tout en évitant les cars de touristes.

Comme à Selinunte, il est possible de rallier les différentes zones du parc en voiture afin d’éviter de marcher trop longtemps. Commencez par l’Est avec le temple d’Héra/Junon qui servait de lieu de mariages mais également de sacrifices. Il porte encore les traces rouges de l’incendie que les Carthaginois y déclenchèrent au 4e siècle av. J-C.

Crédit : Wikipédia

Le temple d’Héra ou temple de Junon

Quelques minutes de marche vous séparent du temple de la Concorde, qui a réussi l’exploit de survivre aux guerres, aux tremblements de terre et aux Carthaginois… Cela est également dû au fait qu’il fut converti en église chrétienne au VIe siècle, son architecture fut donc relativement épargnée.

Passée la nécropole se dresse le temple d’Hercules dont 8 colonnes ont été relevées sur les 240 initiales. Puis, en face se trouvent le temple de Zeus, autrefois le plus grand de Sicile mais qui ne résista pas à la frénésie destructrice des Carthaginois et le temple de Castor et Pollus (avec ses 4 petites colonnes) qui fut restauré deux fois en 2000 ans mais jamais selon le bon schéma.

Nous terminons ce séjour en beauté en regardant le soleil disparaître derrière les falaises calcaires des Escaliers des Turcs/Scala dei Turchi. La plage est l’une des plus connues de Sicile mais sa beauté est, selon moi, grandement altérée par les installations balnéaires qui y sont implantées tous les 50m (bars, transats et parasols payants, toilettes,…) et la quantité de déchets abandonnés par les vacanciers. Cela dit, une fois la horde de plagistes partie, la magie opère à nouveau et il est difficile de détacher les yeux de ce paysage idyllique.

La journée touche à sa fin sur la plage de la Scala dei Turchi

Infos pratiques et conseils

  • Comment y sommes-nous allés ?

Nous sommes arrivés de Rome (Ryanair pour seulement 20€ par personne) mais il existe un vol direct Bordeaux-Palerme que nous avons pris au retour (Volotea 44€ par personne).

  • Où avons-nous dormi ?

Palerme : chez Gloria et Emiliano dont le rooftop offre une vue imprenable sur Palerme. Le bonus : regarder le soleil se lever (à 5h30 !) en compagnie du chant de centaines d’hirondelles et de mouettes.

Trapani : dans une chambre AirBnB certes très bon marché mais sans climatisation et où l’eau courante peut faire faux bon à tout instant. Je ne préfère donc pas recommander ce petit raté !

Marettimo : dans une chambre du B&B Scalo Vecchio à quelques mètres du port. Le bonus : Rocco, le père de la gérante propose pour 20€ par personne de super promenades (de 3-4h) en bateau autour de l’île. Attention, on ne parle qu’Italien à Marettimo mais on réussit toujours à se comprendre.

Sciacca : dans l’incroyable propriété d’Ignazio, véritable havre de paix entouré d’oliviers et donnant sur la mer. Un appartement avec terrasse et cuisine extérieure privées, une immense piscine et son jacuzzi, des produits de la ferme familiale offerts par Salvatore : le coup de cœur de notre séjour à un prix très raisonnable !

  • Comment s’est-on déplacé ?

En petit bolide (Fiat 500) avec une réservation chez Thrifty via Ryanair (300€ la semaine en comptant l’assurance supplémentaire pour le passager).

Attention aux panneaux “cercle rouge sur fond blanc” qui délimitent les zones réservées au résidents et occasionnent de fortes amendes si on les franchi à tort. Tous mes conseils et infos à savoir au sujet de la conduite alla siciliana particulièrement sportive sont résumés sur ce petit billet.

  • Où a-t-on mangé ?

Le plus souvent sur le pouce, en achetant fruits, légumes et pain sur les marchés.

Notre piccola sélection de restaurants :

A Salemi : les délicieuses pâtes de Cotto&Mangiato pour déjeuner et la Pasticceria Primevere D’Agostino pour le goûter.

A Trapani : Ai Bastioni et 210 Grammi pour un dîner romantique au budget plus conséquent.

A Marettimo : on emporte les pizzas de La Lampara pour les déguster sur le port au coucher du soleil.

A Sciacca : la pizzeria Conte Luna pour dîner dans une ambiance familiale sicilienne.

A Menfi (à proximité de Sciacca) : Pour les amateurs d’excellents poissons et fruits de mer, Salisà en bord de plage (et de parking).

  • Et pour quelques jours de plus ?

Une semaine c’est très court, il faut idéalement 15 jours pour faire le tour de l’île. Pour ma part, je regrette de ne pas avoir pu aller jusqu’à Syracuse et de partir en randonnée sur l’Etna. Ce sera pour une prochaine fois !